L'Eau Tangui

jeudi, juin 09, 2011
Eau Tangui

Du nom d’une petite ville camerounaise près de Mbanga dans la Région du Littoral, l’eau TANGUI est une production de la Société des Eaux Minérales du Cameroun (S.E.M.C) créée en janvier 1978 et mise en exploitation en mars 1983.

Cette note rend compte des résultats obtenus des négociations que m’avaient confiées mes différents PDG et DG de la SNI (au nombre de 3) dès la conception du projet en 1978.

Le premier volet des négociations

Chef de la Division des industries alimentaires et agro-alimentaires à la SNI, mon PDG de l’époque m’implique directement dans la conception, la mise en exploitation, le suivi de cette nouvelle société du portefeuille et me confie la recherche d’un Partenaire Technique qui assure la gestion de la production et de la commercialisation de l’eau Tangui. Je lui propose de contacter le Président du groupe français des Brasseries et Glacières Internationales (BGI) déjà présent au Cameroun comme fondateur et actionnaire majoritaire des Brasseries du Cameroun, société dans laquelle la SNI était devenue actionnaire minoritaire par rachat de titres.

La négociation était au départ assez rude parceque le Président des BGI et le Directeur Général des Brasseries du Cameroun de l’époque me rétorquait que produire et vendre la bière étaient un métier différent de produire et vendre de l’eau avec en plus la boutade suivante :
Ou on boit la bière, ou on boit l’eau, et pas les deux à la fois.
En outre, le compte d’exploitation et le bilan prévisionnels de la SEMC dégageaient des pertes les 5 premières années d’exploitation, de 1983/84 à 1987/88. Grâce à la qualité du partenariat SNI/BGI au sein des Brasseries du Cameroun, j’y suis arrivée en évoquant une raison et en promettant une action :

1. La raison :
Le rôle social que devait jouer une aussi importante société que sont les Brasseries du Cameroun dans notre pays, les populations de Douala en particulier étant frappées ces années là par une épidémie de choléra.

2. L’action :
L’engagement de la SNI à refinancer les pertes des 5 premiers exercices pour permettre à la nouvelle société de ne pas manquer de cash-flow pour consolider sa capacité bénéficiaire.

Ce fut une réussite malgré les péripéties d’obtention de l’agrément du Ministère de la Santé dans la catégorie eau minérale en lieu et place d’eau de source.

Une autre demande formulée au Président des BGI d’accepter que les populations riveraines des usines de fabrication des Brasseries du Cameroun à Douala de s’approvisionner gratuitement en eau potable dans leurs forages fut acceptée sans problème. Je pense que les Brasseries du Cameroun le font gracieusement jusqu’à ce jour, le choléra étant à nouveau présent à Douala.

Le deuxième volet de la négociation

Les années 1980 correspondaient à celles au cours desquelles il fallait mettre à exécution la politique de camerounisation des postes de Direction Générale du premier Président de la République du Cameroun.

En mission à Paris avec mon PDG de l’époque, il fallait clairement poser le problème au Président du groupe des BGI et s’entendre sur les critères de choix et les délais à retenir d’un commun accord pour la nomination d’un Camerounais à la tête des Brasseries du Cameroun. Le principe fut accepté sans problème et le choix du Partenaire/Actionnaire majoritaire fut porté sur un jeune camerounais de 35 ans, alors Chef d’Agence des Brasseries du Cameroun à Bafoussam parce qu’il avait la même formation que le Directeur Général de l’époque, tous deux diplômés de l’École Polytechnique de France. Ce choix était toutefois assorti de 3 conditions :
  • Attendre que le jeune camerounais choisi ait 45 ans révolus, norme du groupe;
  • Attendre qu’il soit calibré en gestion stratégique du groupe c’est-à-dire des Brasseries du Cameroun elles-mêmes avec ses trois filiales camerounaises de fabrication de bouteilles, de bouchons-couronne et d’eau minérale Tangui;
  • Attendre qu’il maitrise la gestion des principales Agences des Brasseries du Cameroun et notamment celle de Yaoundé ainsi que la gestion des ressources humaines du groupe en plus de la politique gouvernementale d’équilibre régional, tant pour les recrutements que pour les promotions internes.

Tout ce dispositif fut accompli dans les délais et le Conseil d’Administration des Brasseries du Cameroun nomma l’actuel Directeur Général à ce poste.

J’étais alors Directeur des Opérations et du Contrôle, en charge du suivi des entreprises du portefeuille de la SNI.

Le troisième volet de la négociation

Le groupe des BGI a changé de propriétaire.
Je suis moi-même Directeur Général de la SNI.

J’engage cette négociation en 2001 à l’initiative de ma fille. Elle est en classe de 1ère C au Centre Éducatif de Bastos. Elle me dit qu’elle-même et ses camarades de classe ne sont pas contents d’avoir à toujours « trimbaler » la grosse bouteille d’eau Tangui de 1,5 litre. Elle me signale aussi qu’elle observe qu’en récréation, les enfants du Primaire préféraient boire l’eau du robinet de la cour de l’école que de s’encombrer avec leurs gourdes. Ma fille me demande alors d’être son porte-parole auprès du Président des BGI pour qu’il veuille bien introduire la fabrication des petites bouteilles d’eau Tangui dans la Société pour les enfants et les élèves.

De mon point de vue, c’était une excellente suggestion que je négocia sans tarder. La décision fut prise tout de suite par le Président des BGI sans aucun problème et la petite bouteille d’eau Tangui de 0,5 litre fut introduite dans la gamme de fabrication.

Depuis l’exercice 1990/91, la Sociétés des Eaux Minérales du Cameroun est devenue bénéficiaire d’année en année, après avoir apuré toutes les pertes nettes cumulées. La production de l’eau minérale Tangui bénéficie depuis l’origine de l’assistance technique successive de VITTEL, Vichy St Yorres et Vichy International LTD, le groupe des BGI étant un important propriétaire des eaux minérales et des eaux gazeuses produites en France.

Avant de quitter la fonction de DG/SNI, fin 2003, j’avais déjà engagé une autre négociation avec le Président des BGI et obtenu son accord de principe pour le doublement de la capacité de production de l’eau Tangui, l’objectif étant de réduire de moitié le prix de vente au détail de cette eau que je trouvais encore élevé pour les biberons des bébés en particulier. Mon vœu est que cela soit fait par les Actionnaires de la société car la capacité de forage de la source Tangui le permet. J’adresse ce même vœu à tous les producteurs d’eau minérale au Cameroun.

L’eau c’est la vie. Les Pouvoirs publics doivent toujours être attentifs à l’encadrement de toutes les sociétés de droit camerounais produisant de l’eau potable, activité vitale pour les populations de tous âges.

Pourquoi j’évoque ces importants résultats obtenus sur un projet précis dans un environnement socio-économique précis?

C’est pour partager avec mes concitoyens un certain nombre de conclusions particulièrement édifiantes sur le processus de montage d’un projet depuis l’idée de projet jusqu’à sa mise en exploitation et à l’atteinte du régime de croisière en terme de production (en quantité et en qualité) et en terme de rentabilité financière.

Dix conclusions au moins sont de mon appréciation personnelle à relever :

1. L’importance des industries qui contribuent à la bonne alimentation des populations (la nourriture, l'eau potable, etc.), base de la vie dans un pays.

2. L’importance de l’expertise au cas par cas selon les projets, notamment pour les études de faisabilité, le suivi quotidien et la gestion stratégique des entreprises.

3. L’importance du rôle d’encadrement et d’accompagnement de l’État avec ses démembrements dans le suivi de tous les projets qui doivent concourir au bien-être des populations et à leur épanouissement. Ceci implique aussi rigueur dans le choix des projets à réaliser au regard de l’environnement socio-économique du projet et des besoins vitaux de la Nation.

4. L’importance de la qualité du Partenaire International à rechercher, avec préférence pour le détenteur d’un Know-how précis et de qualité.

5. L’importance de prendre en compte dans les actions à mener le point de vue des populations y compris celui des enfants pour la satisfaction des besoins qu’imposent leurs âges respectifs.

6. L’importance de la nature des financements à mobiliser pour chaque type de projet. Ici, les fonds propres de la SNI étaient très importants à mobiliser pour alléger le bilan, l’eau potable étant à priori une denrée pauvre comme produit fini à commercialiser.

7. Le souci permanent de privilégier la rentabilité financière dans le montage des projets et dans la gestion des entreprises.

8. L’importance des compétences requises, de la spécialisation et de la formation continue dans les politiques de formation à tous les niveaux.

9. L’importance du réseau de distribution et de la force de vente pour qu’elle soit vraiment percutante étant entendu que ce point est la clé qui génère toutes les recettes de la société.

10. Le profil d'un Patron se prépare en terme de compétences.

Ces mêmes conclusions s’imposent à l’État entrepreneur, à l’État investisseur, à l’État banquier, à l'État employeur et à l’État garant du bien-être des populations.
 

Partagez

Développement &...


Recherche dans le blog

Chargement...

Dépêches Par Jeune Afrique

Accueil | Licence de droits d'auteur | Copyright © 2010-2014 Esther Dang (Officiel) Design by Dzignine. Configured and Redesigned by Stella D.